Médias

Turquie : la chaîne d’opposition Halk TV confiée à un fonds public après une opération de police

Le 14 octobre 2026, la police turque a perquisitionné le siège de Halk TV, chaîne d’opposition dont le direct a été coupé. Selon le parquet d’Istanbul, qui évoque une enquête sur des soupçons de corruption, sa gestion revient au fonds public TMSF.

Jordan Blanchet Par Jordan Blanchet
5 min de lecture
Turquie : la chaîne d’opposition Halk TV confiée à un fonds public après une opération de police
Plateau de télévision vide, avec caméras de studio, fond vert et projecteurs. Image d’illustration, sans lien établi avec la chaîne ou l’événement.

En bref

  • D’après le parquet d’Istanbul, sa gestion a été remise à un organisme public, dans le cadre d’une enquête portant, selon lui, sur des soupçons de corruption.
  • Il s’agit, d’après Le Soir et la RTS, d’un organisme public d’assurance des dépôts d’épargne.
  • Les articles situent les deux événements dans une même chronologie ; aucun ne fait état d’un lien judiciaire entre les deux dossiers.

Le mercredi 14 octobre 2026, la chaîne turque Halk TV a fait savoir que des policiers se trouvaient dans ses locaux, qu’un administrateur avait été nommé pour en prendre le contrôle et que son programme en direct s’était arrêté. Franceinfo, Le Soir, la RTS et Sud Ouest présentent Halk TV comme la principale chaîne d’opposition en Turquie ; trois d’entre eux précisent qu’il s’agit d’une chaîne privée. D’après le parquet d’Istanbul, sa gestion a été remise à un organisme public, dans le cadre d’une enquête portant, selon lui, sur des soupçons de corruption.

Une opération rendue publique par la chaîne elle-même

L’essentiel du récit de la matinée provient de Halk TV elle-même, par des messages publiés sur le réseau social X. La chaîne y signalait la présence des forces de l’ordre dans ses murs, la désignation d’un administrateur et la fin de sa diffusion en direct, comme le détaille l’article de franceinfo. Selon les précisions de la chaîne reprises dans le compte rendu du Soir, la perquisition a débuté à 5h30, heure locale, soit 2h30 GMT. La police a empêché les employés qui se présentaient le matin d’accéder à l’immeuble, a ajouté Halk TV.

La chaîne a également mis en ligne sur X une vidéo dans laquelle apparaît son rédacteur en chef, Suat Toktas, face à l’administrateur nommé par les autorités turques. Il tente de le dissuader d’interrompre le direct et affirme que ce qui se déroule sous ses yeux est « hors la loi », une phrase que citent les quatre médias.

Sur le même réseau, la journaliste Gamze Altunay, qui parle de Halk TV comme de « notre chaîne », a indiqué que le matériel avait été saisi et qu’elle ne parvenait toujours pas à entrer dans l’immeuble où elle travaille, dit-elle, depuis cinq ans. Elle décrit la chaîne comme « officiellement assiégée », selon les informations de la RTS, qui fait aussi état de la saisie des équipements par les autorités.

Ce qu’avance le parquet d’Istanbul

Le bureau du procureur d’Istanbul a communiqué ses propres chiffres. Le Soir les attribue à ce bureau, cité par les médias turcs, et la RTS écrit que le parquet les a confirmés. Le parquet fait état de mandats d’arrêt émis à l’encontre de 17 personnes et de 11 gardes à vue, au cours d’opérations conduites simultanément dans la matinée du 14 octobre 2026. Il relie ces mesures à une enquête sur des soupçons de corruption, de trucage d’appels d’offres et de blanchiment d’argent.

Le Soir et la RTS rapportent par ailleurs que la police a interpellé onze salariés de la chaîne. Les articles ne donnent pas l’identité des personnes visées par les mandats, pas plus que le détail des faits qui seraient reprochés à chacune. Ces soupçons sont ceux que présente le parquet ; les articles consultés n’en disent pas davantage.

Caméra de télévision professionnelle installée sur un plateau
Caméra de télévision sur un plateau : une chaîne d’opposition peut changer de mains quand un fonds public en prend le contrôle. Photo : tmeier1964 / Pixabay

Toujours selon le parquet, c’est au TMSF qu’a été confiée la gestion de Halk TV. Il s’agit, d’après Le Soir et la RTS, d’un organisme public d’assurance des dépôts d’épargne. La RTS parle pour sa part d’un administrateur provisoire étatique nommé par les autorités.

Un administrateur prévu par la loi turque

Le Soir rappelle ce que prévoit la loi turque en la matière. Elle permet aux autorités de nommer un administrateur ou un tuteur et de placer sous sa gestion une entreprise dont les dirigeants font l’objet d’une enquête ou d’un mandat d’arrêt. Le même dispositif peut s’appliquer aux municipalités, d’après le journal.

Les quatre récits ne précisent ni la durée de cette administration ni les conditions dans lesquelles elle pourrait prendre fin. Ils ne disent pas non plus si des dirigeants de Halk TV figurent parmi les personnes visées par la procédure.

Des critiques venues de l’opposition et d’un syndicat de journalistes

Özgür Özel, qui dirige le principal parti d’opposition, a réagi sur X. Pénétrer à l’aube dans une chaîne de télévision pour y installer un administrateur relève, à ses yeux, de ce que « seuls les dictateurs feraient », et il a regretté que son pays ait subi ce traitement. Ses propos sont rapportés par franceinfo, Le Soir, la RTS et l’article de Sud Ouest.

Le Syndicat des journalistes de Turquie s’est exprimé de son côté. D’après Le Soir et la RTS, il considère que l’arbitraire employé depuis des années par le pouvoir politique pour résoudre les problèmes a de nouveau porté atteinte à la liberté de la presse. Le Soir cite aussi cette phrase de l’organisation : « Nous refusons cette tyrannie ».

La RTS, enfin, range l’opération parmi une série de restrictions touchant la liberté de la presse en Turquie. Ces appréciations appartiennent à leurs auteurs. Dans les articles consultés, aucune réponse des autorités turques à ces critiques n’apparaît, en dehors des informations communiquées par le parquet d’Istanbul.

Le précédent du site T24

Les quatre médias rapprochent l’affaire Halk TV d’un autre épisode. Deux semaines avant l’opération, l’accès à T24, site d’information indépendant qui compte, selon ces médias, parmi les plus importants de Turquie, avait été bloqué en raison d’une « propagande LGBT », formule que ces médias placent entre guillemets. Les articles situent les deux événements dans une même chronologie ; aucun ne fait état d’un lien judiciaire entre les deux dossiers.

Les points établis par les sources

  • Date et heure : le mercredi 14 octobre 2026, perquisition à partir de 5h30 heure locale (2h30 GMT), selon la chaîne citée par Le Soir.
  • Mesures judiciaires : mandats d’arrêt contre 17 personnes et 11 personnes en garde à vue, d’après le parquet d’Istanbul.
  • Motifs avancés : des soupçons de corruption, de trucage d’appels d’offres et de blanchiment d’argent, selon le parquet.
  • Gestion de la chaîne : attribuée au TMSF, organisme public, selon le parquet.
  • Antenne et matériel : diffusion en direct interrompue selon la chaîne, équipements saisis selon la RTS et Gamze Altunay.
  • Réactions : Özgür Özel et le Syndicat des journalistes de Turquie ont publiquement critiqué l’opération.

Photo : SHAHBAZ ZAMAN / Pexels

Jordan Blanchet

Le programme continue

Jordan Blanchet

Jordan Blanchet a été assistant de production sur des émissions de flux pour une société de production de Boulogne. Il suit les écrans : séries, télévision, plateformes et audiences, avec un œil sur la fabrication des programmes. Il regarde encore chaque épisode d'une série jusqu'au dernier crédit.