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Canal+ menace de réduire jusqu’à 75 % ses films financés si la TVA double

Le groupe évalue à environ 200 millions d’euros par an le coût d’un passage de la TVA de 10 % à 20%. Un accord de 980 millions d’euros conclu avec les organisations du cinéma pourrait être suspendu.

Martine Leclerc Par Martine Leclerc
5 min de lecture
Canal+ menace de réduire jusqu’à 75 % ses films financés si la TVA double
Photo d’illustration. Fauteuils vides dans une salle de projection obscure.

Canal+ menace de réduire fortement son financement du cinéma si la TVA sur la télévision payante passe de 10 % à 20 % en 2027.

Le conflit trouve son origine dans une mesure envisagée pour le budget préparé par le gouvernement pour 2027. La suppression du taux réduit appliqué aux chaînes payantes ferait doubler leur TVA. Maxime Saada, président du directoire de Canal+, chiffre la dépense supplémentaire à environ 200 millions d’euros par an pour son groupe.

La hausse n’est pas définitivement adoptée et Canal+ n’a pas encore diminué ses engagements. La menace touche néanmoins un rouage majeur de l’économie des Écrans français, puisque le groupe participe chaque année au financement d’un grand nombre de productions.

Yahoo Actualités rapporte que Canal+ juge impossible d’absorber cette charge sans revoir ses dépenses. Le groupe inclut explicitement ses investissements cinématographiques parmi les postes qui pourraient être réduits. Le différend fiscal déborde ainsi le seul marché de la télévision payante pour atteindre la préparation des films.

Canal+ occupe une place centrale parmi les diffuseurs

Les données de 2025 donnent la mesure d’un éventuel retrait. Cette année-là, Canal+ a investi 155,6 millions d’euros dans 148 productions françaises. Sur le périmètre plus précis des films d’initiative française agréés au cours de l’année, ce montant représentait 43 % des apports de l’ensemble des diffuseurs.

Indicateur en 2025 Participation de Canal+
Montant investi dans les films français 155,6 millions d’euros
Productions financées avec la participation du groupe 148
Part des apports des diffuseurs aux films d’initiative française agréés 43 %

Le montant et le nombre de productions éclairent deux dimensions différentes. L’un situe la puissance financière du groupe, tandis que l’autre montre combien sa présence s’étend dans la production annuelle. La proportion de 43 % exige un périmètre précis. Elle concerne les apports des diffuseurs aux films d’initiative française agréés en 2025, et non la totalité des ressources du cinéma français.

Une baisse des engagements de Canal+ ne correspondrait donc pas à un simple ajustement entre diffuseurs de poids comparable. Dans le champ observé, le groupe apportait à lui seul près de la moitié des sommes venant des diffuseurs. JeChange détaille ce poids financier et distingue les apports comptabilisés pour 2025 du périmètre plus large utilisé par la direction de Canal+ pour évoquer ses dépenses annuelles consacrées au cinéma.

Cette distinction est importante pour comprendre les chiffres avancés. Les 155,6 millions d’euros décrivent un ensemble défini de films et une année précise. Le coût fiscal annoncé par Canal+ porte, lui, sur les activités du groupe et atteint approximativement 200 millions d’euros chaque année. La proximité entre ces montants donne sa force au rapport de force, mais elle ne signifie pas qu’une somme serait automatiquement retranchée de l’autre.

La menace porte d’abord sur le nombre de films soutenus

Canal+ n’envisage pas seulement de diminuer de façon identique chaque participation. Maxime Saada a présenté une hypothèse allant d’une réduction de moitié à une baisse pouvant atteindre les trois quarts des films financés. Il s’agit d’une amplitude avancée dans le cadre du conflit, pas d’un programme d’arbitrage déjà arrêté.

Grand écran de cinéma en plein air installé sur une pelouse entourée d’arbres face à des spectateurs.
Photo d’illustration. Séance de cinéma en plein air avec un grand écran installé au milieu d’un parc. Source : Pexels. Photographe : Vlad Chețan. Licence Pexels.

La déclaration ne permet pas de désigner les œuvres qui perdraient un financement. Aucun genre, niveau de budget ni stade de production n’a été identifié comme cible prioritaire. Il n’est donc pas possible d’établir une liste de films concernés ou d’affirmer que la réduction atteindra le niveau maximal évoqué.

Cette limite répond directement à la question des productions exposées. Le nombre de projets soutenus pourrait diminuer, mais les choix entre les films ne sont pas connus. Les montants accordés à chaque production pourraient également évoluer indépendamment du volume global. Une réduction du nombre de participations et une réduction équivalente de la dépense ne sont pas nécessairement la même opération.

La portée du message réside dans le lien direct établi par le groupe entre fiscalité et création. Canal+ considère que la nouvelle charge devrait conduire à des économies. En faisant du cinéma l’un des leviers de ces économies, la chaîne déplace le débat budgétaire vers les œuvres qui arriveront ensuite en salle et sur les écrans domestiques.

Cette articulation entre télévision et cinéma rappelle que les deux secteurs ne suivent pas des trajectoires séparées. Les formats télévisés eux-mêmes circulent entre diffuseurs et territoires, comme le montre l’analyse consacrée à la manière dont un même format télé peut changer de visage. Dans le cas de Canal+, le lien est financier : une modification touchant la télévision payante pourrait réduire les sommes consacrées aux films.

L’accord conclu jusqu’en 2032 peut être suspendu

La menace concerne également un engagement conçu pour stabiliser les investissements sur plusieurs années. Canal+ et les organisations du cinéma ont conclu, le 27 juillet 2026, un accord prévoyant 980 millions d’euros pour le cinéma français et européen entre 2028 et 2032.

Répartie sur cinq ans, cette enveloppe correspond à une moyenne de 196 millions d’euros par an. Elle ne doit pas être confondue avec les 155,6 millions comptabilisés en 2025, car les périodes et les périmètres diffèrent. Elle mesure toutefois l’importance des ressources promises pour les années qui suivraient l’entrée en vigueur de la réforme fiscale.

L’accord comprend une clause autorisant sa suspension en cas d’augmentation de la TVA. La position de Canal+ ne repose donc pas uniquement sur une menace formulée dans le débat public. Le texte signé avec les organisations du cinéma prévoit lui-même cette possibilité si les conditions fiscales changent.

Le calendrier place ainsi deux échéances face à face. La TVA pourrait augmenter en 2027, tandis que l’accord doit couvrir les années 2028 à 2032. Si le taux passe effectivement à 20 % et si Canal+ utilise la clause, l’engagement de 980 millions d’euros pourrait être suspendu avant le commencement de sa période d’application.

Deux incertitudes subsistent. Le doublement de la TVA doit encore devenir effectif, puis Canal+ doit décider de mettre sa menace à exécution et de recourir à la clause. En revanche, le poids du groupe parmi les diffuseurs est chiffré : ses 155,6 millions d’euros et ses 148 participations en 2025 expliquent pourquoi ce bras de fer fiscal peut affecter bien davantage que les comptes d’une chaîne payante.

Photo à la une. Source : Pexels. Photographe : Tima Miroshnichenko. Licence Pexels.

Martine Leclerc

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Martine Leclerc

Martine Leclerc a été documentaliste dans une radio nationale pendant plus de trente ans, entourée de bandes magnétiques et de fiches cartonnées. Elle écrit sur les médias, les scènes et les archives, en retrouvant l'histoire derrière les visages connus. Elle va au théâtre au moins deux fois par mois, toujours au premier balcon.