Alexis Grizard, organiste de 24 ans, face à l’Everest de l’orgue

Né en Thuringe et diplômé du Conservatoire de Paris, l’organiste Alexis Grizard raconte ses horaires décalés, son disque Rêve et sa méfiance envers la routine.

Jordan Blanchet Par Jordan Blanchet
3 min de lecture
Alexis Grizard, organiste de 24 ans, face à l’Everest de l’orgue
Grand orgue à tuyaux surmonté de voûtes en pierre dans une église.

En bref

  • Alexis Grizard, organiste de 24 ans, vient d’être diplômé du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris.
  • Il poursuit ses études à Leipzig, après avoir travaillé avec Olivier Latry et Thomas Ospital.
  • Son disque Rêve, sorti cette année, comprend des transcriptions d’œuvres orchestrales de Debussy.

L’impression d’être au pied d’une montagne ne le quitte pas : pour Alexis Grizard, organiste de 24 ans, plus le travail avance, plus les failles apparaissent. Dans un entretien publié par Radio France, il explique ce que cette image dit de sa pratique.

« Plus on avance, plus on voit nos failles. On a toujours l’impression d’être face à l’Everest et je me sens toujours comme un étudiant, comme un enfant. »

Alexis Grizard, organiste

D’une chambre d’enfant à Leipzig

Alexis Grizard est né en Allemagne, en Thuringe, et sa famille s’est installée en France assez vite après sa naissance. Il compte quatre frères et sœurs, dont le violoncelliste Maxime Grizard. Dans la maison de son enfance, un poste de musique trônait entre les chambres. « Mes parents mettaient de la musique classique pour nous endormir le soir », se souvient-il. Il garde en mémoire un disque de Liszt et des sonates de Beethoven, dont celle dite « au clair de lune ».

Son parcours se lit en quelques étapes :

  1.  : il commence le piano par curiosité et pour imiter sa grande sœur.
  2.  : un exposé sur un instrument de musique le conduit à l’orgue. Il y voyait un orchestre complet, avec ses jeux de violons et de flûtes.
  3.  : il intègre le Conservatoire national supérieur de Paris, où il étudie avec Olivier Latry et Thomas Ospital.
  4.  : diplômé, il poursuit ses études à Leipzig.

Ce qui l’a attiré, dit-il, c’est moins l’écoute d’orgues dans les églises que le mystère entourant l’instrument. Il affirme que la pire chose pour lui serait la routine : en art, c’est la découverte qui l’intéresse.

Un métier réglé sur les lieux de culte

La plupart des orgues se trouvent dans des églises, et les organistes doivent composer avec les heures d’ouverture et de visite. « On se couche tard. On répète tard parce que parfois il faut travailler après la fermeture des églises », décrit Alexis Grizard. La liturgie fait aussi partie du métier, ce qui impose de se lever tôt le dimanche.

L’instrument sort pourtant de ces murs. Radio France l’a entendu pour la première fois à la Philharmonie de Paris, où il accompagnait à l’orgue les danseuses et danseurs de la compagnie de Benjamin Millepied. Il parle d’une expérience très intéressante. Il voit dans l’orgue un potentiel énorme pour fasciner le public et attribue aux organistes un rôle de médiateurs, car certaines personnes n’auront qu’une occasion d’en entendre dans leur vie.

Debussy, Tolstoï et Venise

Côté répertoire, il dit vouloir tout explorer, avec un penchant pour la musique française du XXe siècle et le romantisme allemand. Son disque Rêve, sorti cette année, contient notamment des transcriptions d’œuvres orchestrales de Claude Debussy. L’idée lui est venue lorsqu’on lui a demandé d’en jouer une en concert : elle lui a rappelé pourquoi il avait choisi l’orgue, sorte d’orchestre. Il y trouve une liberté, faute de tradition établie.

  • Littérature : à 16 ou 17 ans, il a découvert la lecture avec passion, au point de presque cesser de travailler pour l’école. Guerre et paix, environ 2 000 pages, l’a occupé une grande partie de son adolescence.
  • Cinéma : il aime les films italiens, en particulier ceux de Federico Fellini.
  • Voyage : son dernier séjour l’a mené à Venise, où il a retrouvé la beauté immortalisée par Visconti.

Photo : Francesco Ungaro / Pexels